Ma démarche créatrice

Classé dans : sculpture | 0

Ma démarche créatrice :

Aujourd’hui se mélangent beaucoup de styles de sculptures, d’artistes, de réflexions et d’avis, d’écoles et de positions d’écoles. Dans cet article je me propose d’écrire et de clarifier ma propre position créatrice. Je ne peux manquer de mentionner Aude de Kerros et ses différents et récents ouvrages sur l’art, et cela m’amène à devoir clarifier termes, définitions, jugements, et positions même si il le faut…

L’art

Tout d’abord comme je l’écris dans un précédent article, ma pensée n’est pas neutre lorsque j’aborde un avis sur l’art , et notamment ce qui a rapport à la peinture et la sculpture. Je suis sculpteur, et j’ai reçu formations, plutôt « classiques » certainement si je peux encore mettre des mots sur les choses.

J’aborde ces questions sous divers thèmes qui suivent :

Structures de la forme :

– Dans l’ensemble, il y a une perte de la « structure de la forme », disons de son architecture : Alors que l’on vante l’ art pariétal (paléolithique) de Lascaux, de Chauvet…en essayant d’y trouver une école et la seule école qui vaille, on occulte ses valeurs associées aux structures naturelles des êtres dessinés et peints, leur architecture intérieure exprimée en terme de muscles, de membres, de peau ou de squelette… ces quatre éléments devant faire jaillir de l’intérieur, c’est à dire avec une certaine considération de leur nature véritable, existante, ceux- ci formant une architecture constitutive, logique, intelligente.

Cette architecture intérieure, cette constitution structurée des êtres, des hommes, des vivants est déniée aujourd’hui. Cela conduit à des formes que je qualifierai de l’ordre du symbole :

Ce qui me fait dire :  » Est exigeant le travail d’observation, et de mise sur toile, ou en dessin, de cette forme vue. Pourquoi alors ne pas m’en débarrasser, la ramener au plan symbolique, la traiter rapidement dans une simple suggestion ? 

Evidemment, comme un philosophe, un théologien, ou tout autre, je vois tout cela de mon propre coté, c’est à dire du point de vue d’un spécialiste de la sculpture, et notamment de la sculpture figurative.

  • Je demande la qualité, que ce soit dans l’art conceptuel ou dans tout autre forme d’art, et je voudrais que cette qualité soit indissociable du contenu, et d’ailleurs de ses ambitions, mais que signifie « qualité » ?

Il y a d’ailleurs du bon et du mauvais dans tout art. Il y a des œuvres du « grand art » qui sont scandaleuses dans leur ambition d’en être ! ces œuvres peuvent justifier l’art conceptuel, tendant au relativisme.

Je ne me résous pas à replacer crises et scandales, marchés, décadence, spéculations sur l’art, à des notions de jeux de communication, grandes puissances, privées ou autres, lorsque je vois certaines œuvres, certains traitements (faisant injure à leur propre but), de toutes espèces et la place et l’honneur qu’elles revendiquent !

La matière

Formé dès les années 1980 au métiers de la pierre, consultez mon parcours, j’ai appris ce que cette matière peut valoir dans sa matérialité. La pierre est donnée en quantité limitée. Il ne m’est donc pas possible d’accepter ce comportement consistant à dé-sennoblir cette matière en lui donnant une part de second rôle sans valeur, et valeur d’achat d’ailleurs ! Autrement dit la pierre, destinée à une sculpture, je dois avoir une façon de la travailler qui met toutes les chances pour sa réussite (même si le mot réussite contient différents sens).
Parler de « hasard » dans la création d’une oeuvre est scandaleux.

J’ai vu des œuvres reconnues comme telles dans l’art contemporain, qui très visiblement résultait d’un travail d’abnégation de la matière, support de l’oeuvre elle même, qui manifestait un gâchis scandaleux de la matière, qui pourtant celle- ci a une valeur ! Au dire de certains l’oeuvre est déni de toute oeuvre, déni de l’art, …déni de l’artiste !, mais je crois plutôt que dans ce cas elle est contradiction de sa propre démarche… « haine » de la matière ! 

Cette idée personnelle sur le rapport dans l’art à la matière, j’y reviendrai, disons que j’en fait un critère de jugement : je peux en conclure ceci : – Des œuvres contemporaines ont été faite avec un véritable gâchis de la matière, mais elles en ressortent tout de même « gagnantes » ; Des œuvres ont été faites avec un véritable gâchis de la matière, et ce sont les plus nombreuses, mais hélas elles en ressortent perdantes. 

Il n’est pas permis d’accepter un gâchis de matière. A partir de ce principe que je fais mien, le processus qui conduit à la finalité d’une oeuvre, s’en trouve modifié.

Modèle

Il m’est difficilement possible, lorsque je suis devant un modèle vivant, d’en abstraire la vie, de m’abstraire du sujet. être devant un modèle vivant c »est ce qu’ont fait tous les peintres de la première moitié du xx ème siècle ; objectivement ils étaient là devant leur modèle ; difficile d’en faire une oeuvre conceptuelle ! ? ou alors il faudrait se trouver devant un modèle mort, mais cela qui le fait ?

Un abandon, une relâche, une incapacité ou un manque de préparation, un manque de persévérance devant la tâche qui consiste à prendre en compte la réalité architecturale de la nature… tout cela peut conduire à une attitude « conceptuelle », « symbolique », dans laquelle je fais fi de la réalité naturelle qui est devant moi inévitablement. Faire fi de cette architecture ou structure intérieure naturelle, c’est ce que n’ont pas fait les surréalistes. Cette relâche et faiblesse peut difficilement amener à des œuvres « de fond », volumétriques.

« Beauté et harmonie sont des concepts que chacun peut juger à son gré » ; oui , mais pour la nature cela est difficilement possible ! car elle s’impose, qu’elle paraisse « beauté » ou non. Alors il y a un risque.

Risque :

Les risques sont indéniables : Au moment assez précis ou le modelage devient « être », c’est à dire ou plans, lignes, points d’attaches… apparaissent, sont trouvés, la valeur de la forme en question devient tout autre. Les deux valeurs, la première de la matière au sens brut, et la seconde transformée, sont séparées par un abîme. La première déniée, la deuxième convoitée, violente, effrontée, réclamant une place dans l’univers des formes, des êtres, du vivant, soumise à l’érosion de l’air, à la fatalité de l’existence, à la vulnérabilité.

Suivre Martin Damay:

Martin Damay est sculpteur professionnel et orienté vers les métiers de la pierre depuis 1986. La pierre est la matière dominante de ses sculptures. Tailleur de cette pierre il se formera à la sculpture auprès de nombreux maîtres et dans les arts figuratifs en cours particuliers. Le figuratif est devenu la spécialité de Martin Damay, y compris la statuaire de toute taille.

Articles récents de

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.