Accueil » Le blog de Martin Damay » Le parcours d’une statue

Le parcours d’une statue

Toute forme naît dans le chaos, dans des conditions épouvantables ! Là commence son parcours atypique. 
A vrai dire, la seule statue à laquelle je suis attaché comme un dieu à sa création est celle que j’ai placée entre un début et une fin tous les deux indéfinis.

Le parcours d'une statue

Ce qui va se jouer

La journée débute par quelques dizaines de kilomètres de déplacement. Lorsque la voiture s’arrête, je suis sur le lieu où va se jouer l’acte sculptant. Je me rend compte que la route à été violente rien que dans ce déplacement d’un point à un autre de ma personne, et que je viens de voir de multiples images, affiches, panneaux, toute la circulation routière…
Derrière la vitre de la voiture va se jouer autre chose ! : Lorsque la journée se termine et que je contemple mes cinq statues travaillées aujourd’hui, c’est là que je constate avoir été ailleurs, absorbé.

Un nombre, un petit peuple

Raisonnablement je pourrais ne travailler que sur une seule statue pour une journée, mais je ne le fais pas. Une seule statue ne me laisserait aucun répit ; au bout de deux heures je ne verrais plus rien de cette statue, ou plutôt, en ne voyant qu’elle seule elle deviendrait son propre modèle, me conduisant à l’aliénation. Le travail absorbant et continu me ferait faire des erreurs sans possibilité de retour.
C’est pourquoi cinq ou six statues pour la journée me convient. Ce petit peuple reposant mon regard, le divertit, le fait comparer.
Et la lumière changeante du jour me rend attentif à ce qu’elle peut apporter à l’une d’elle, la lumière directe du soleil révèle, et il est nécessaire que mon ciseau lui réponde.

Le concept devant le rien

Quel est le "rien" ?

Le “rien” est associé à la”création”. Créer contient un “partir de rien”, commencer avec un “rien”.
La “création”, ou inventer, placer une statue debout.

Quel est ce qui "est" ?

Réaliser une statue veut commencer par un état des lieux de ce qui est :
– la matière particulière,
– le sujet,
– l’outil,
– mes capacités physiques,
– le lieu d'”apparition”.
Tout ça se sont des choses qui sont.
D’autres choses ne sont pas.
Le concept a un attachement avec le “rien”. Dans celui- ci il y a volonté, appel, attirance, mais il suit ce qui manque. Il a soif.

IMG_8326_crrec_cr bb
La statue. La création d'une statue peut passer par le modelage préalable

La prise en main

Le façonnage de la pierre nécessite de la force :
– force physique
– force morale.
Le façonnage de la matière : argile, cire, en demande autant : 
Ce n’est pas la liberté qui sculpte car celle- ci ne peut rien en ce qui concerne la matière.

Le geste

L’acte sculptant n’a été qu’un seul instant : C’est celui- ci qui compte.
L’énergie qui a été nécessaire se cumule, elle se concentre en cet instant initial, primordial, qui va se perpétuer dans l’instant représenté dans l’œuvre terminée.
L’énergie, si pleine, si absolue, absorbante ne se donne en rien d’autre qu’à cette œuvre à naître.

“Si je fais de la sculpture, c’est pour en finir avec la sculpture” (Alberto Giacometti)

DSCN7829
La statue dans ses débuts

Le travail

La statue a un chemin d’apparition. Elle ne naît pas toute seule. Je dois faire intervenir mon propre regard. Celui- ci est peut être le plus important, au delà de la technique qui consiste à enlever la matière avec un ciseau.
Mon regard qui va me faire travailler, retoucher, enlever, est bien personnel. Il se forme, il s’éduque. Le dessin de la statue, le dessin des peintures, la maquette en plastil’ précédant la sculpture sont des choses formatrices, qui affinent mon regard et l’aident lorsque la décision d’enlever la matière doit se faire.

Dépassement

A mesure que la sculpture prend forme, elle passe par des étapes aux formes inadmissibles. D’ailleurs si il y avait des images de ces étapes elles n’intéresseraient personne.
Quelle différence entre celles- ci et l’instant final, cet instant éternisé, qui est l’œuvre atteinte, le sujet atteint tout simplement, comme est atteint son sommet ?
Ces anciennes étapes de la sculpture, fugitives je le veux, évanouies dans le passé, disparues, ont donc laissé place à l’œuvre.

statue de Vierge en pierre martin damay
La statue, à la fin

D’une valeur négligeable ces formes en construction, ces étapes obligées, est alors créée la forme d’une valeur tout autre, à la dignité de la vie et expression de santé !
Parler de “vie” signifie la valeur que moi je lui accorde. Celle- ci est d’ailleurs plus qu’une valeur ; elle est un moteur, elle est une vie particulière.

La statue, le détachement

C’est un rôle de père que d’avoir une sculpture en cours

  • Quand cette œuvre est loin je m’inquiète
  • quand je la laisse le soir c’est avec arrachement
  • quand elle n’est pas terminée je m’impatiente
  • quand je ne trouve pas la vie qui y est contenue et qui demande à sortir, je pleure et je gémis.
    Il faut qu’elle soit protégée, cachée, tant qu’elle n’est pas encore !…

Ce ne sont pas une infinité de points parfaits qui font l’œuvre trouvée, c’est la vie avec ses dignes caractéristiques plastiques, qui a trouvé son expression, comme son terreau fertile dans la matière qui la fixe et la donne.

Panier
Retour haut de page