Ouf ! l’oeuvre est finie

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Ouf, l’oeuvre est !

Les angoisses ont laissé place à la paix ; un moment de rien, un moment paisible ou j’attend le lendemain, ou même où je n’y pense pas.
L’angoisse était montée à mesure de la sculpture qui prenait forme. Une étreinte.
J’ai beau expliquer ces angoisses par un raisonnement économique : « cette sculpture qui naît est mon moyen de subsistance » ; mais ce n’est pas que cela. Il s’agit de raisons intérieures, de raisons vitales.
Je sais que cette paix est transitoire, car une autre oeuvre arrive, qui me prendra entier.

Dépassement

A mesure que la sculpture prend forme, elle passe par des étapes aux formes inadmissibles, insupportables. C’est son chemin ; Ces étapes ont disparu ! plus de traces !
D’ailleurs si il y avait des images de ces étapes elles n’intéresseraient personne ! Quelles différences ! entre celles- ci et l’instant final, cet instant éternisé, qui est l’œuvre atteinte, le sujet atteint tout simplement, comme est gravie une montagne, comme est atteint son sommet.

Ces anciennes images, évanouies dans le passé, disparues, ont donc laissé place à l’œuvre.
D’une valeur négligeable cette forme (ces formes) en construction, aux étapes obligées, est alors créée la forme d’une valeur tout autre, au symbole de vie, synonyme de vie, parfaite santé !
Parler de « vie » signifie la valeur que moi je lui accorde. Celle- ci est plus d’ailleurs qu’une valeur, qu’une réflexion ; elle est un moteur, elle est une vie particulière.

statue sculpture

Enfantement

La paix est plus qu’une absence de stress. Elle a répondu aux travaux si prenants, qui ne cessent de demander ma présence, mon attention, mes efforts… C’est plus qu’un travail , c’est un rôle de père que d’avoir en cours une oeuvre : Quand cette oeuvre est loin je m’inquiète, quand je la laisse le soir c’est avec arrachement, quand elle n’est pas terminée je m’impatiente, quand je ne trouve pas la vie qui y est contenue et qui demande à sortir, je pleure et je gémis. Il faut qu’elle soit protégée, cachée, tant qu’elle n’est pas encore !…

Mais l’acte n’a été qu’un seul instant ; c’est celui- ci qui compte.
L’énergie qui a été nécessaire vous vous en doutez, se cumule, se concentre en cet instant primordial, initial qui va se perpétuer dans l’instant représenté dans l’oeuvre achevée.
L’énergie, si pleine, si absolue, absorbante se cumule, et ne se donne en rien d’autre qu’à cette oeuvre à naître.

Matière

Rien ne compte que ça, la réussite de l’œuvre, pour laquelle j’ai mission, Moi et la matière qui y est attribuée.
C’était une rude bataille, sans répit. Cette matière, quel mystère entre elle et moi ! C’est elle qui répond à mes injonctions, c’est en elle qu’est contenue la forme si je puis dire, c’est elle qui est choisie pour devenir autre, être transfigurée, dépassée.
Plus qu’anoblie, elle devient plus que matière, elle devient le sujet ; finie la matière ! dépassée, oubliée, elle n’est que souvenir vaporeux, négligeable, méprisable.
La matière est méprisable dans la forme trouvée, et il faut qu’elle le soit. Est- ce la condition pour la réussite de l’œuvre ? prenons cette remarque dans un sens absolu : le sujet trouvé est sujet, il correspond non à mes seuls critères arbitraires, mais à ce qui manquait de cette expression de ce sujet dans le monde.
Ce ne sont pas une infinité de points parfaits qui font l’œuvre trouvée, c’est la vie avec ses dignes caractéristiques qui a trouvé son expression, comme son terreau fertile dans la matière qui la contient, dans la forme qui l’exprime…

 

Suivre Martin Damay:

Martin Damay est sculpteur professionnel et orienté vers les métiers de la pierre depuis 1986. La pierre est la matière dominante de ses sculptures. Tailleur de cette pierre il se formera à la sculpture auprès de nombreux maîtres et dans les arts figuratifs en cours particuliers. Le figuratif est devenu la spécialité de Martin Damay, y compris la statuaire de toute taille.

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