La vie d’artiste

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« L’art ne commence qu’avec la vérité intérieure » Rodin
Mes sculptures sont des voyages jusqu’aux confins du monde.

Le geste de sculpter dans la vie d'artiste

Ce geste à l’origine de l’œuvre, ce geste initial, précurseur, osé, audacieux, presque délinquant, ou délictueux, se justifie par sa qualité prochaine.
Ce geste au sens contemplatif, est donné au centre d’un monde qui cherche l’argent, qui paraît au dessus de réalités spirituelles qui m’animent.

Ce mouvement, cet acte du ciseau sur la pierre, ou à la source, l’ébauchoir dans l’argile fraîche, est lorsque je l’exerce, un pur investissement, un risque.

– J’ai donné ce temps à cette récréation, je me suis investi totalement pour cette statue car j’ai « un rôle à jouer » au même titre qu’un acteur de cinéma, rendant intéressant mon acte par la seule qualité de celui- ci, et celle- ci qui va apparaître.
Qui, auparavant aurait pensé cette qualité ? seul l’artiste peut le faire, ou un génie de discernement, un fin psychologue…

« Dès que je t’ai rencontré j’ai su que tu étais sculpteur » (le père A. M. en 1990)

statues en pierre belles Vierges sculptées
Pietà de Villeneuve lès Avignon, Marie Madeleine, la main et le parfum

Jamais la qualité du résultat n’ a pu naître lorsque je ne me suis pas investi :

  • Le temps que je passe
  • l’absolu de l’attention
  • la patience
  • toutes les ascèses qui vont avec,
    tout cela contribue à la qualité du résultat qui est au bout de cet « exercice »… oui au bout.

Rodin : « Soyez vrais, jeunes gens. Mais cela ne suffit pas: soyez platement exacts. IL y a une fausse exactitude : celle de la photographie et du moulage. L’art ne commence qu’avec la vérité intérieure. Que toutes vos formes, toutes vos couleurs traduisent des sentiments. »

Sculpture. Et la liberté dans la vie d’artiste ?

Ne serait – ce pas un travail assidu, acharné, opiniâtre, voire obstiné qui donnerait le résultat, plus que la liberté qui paraît être le « nerf de la guerre » ?

Rodin : « Travaillez avec acharnement. » *

Ou donc placer cette liberté tant prônée, revendiquée par l’artiste ?

Une liberté déconnectée de la technique ne peut confondre, dominer la matière, car celle- ci est trop forte, affirmative, effrontée !

Rodin :  » Que la nature soit votre unique déesse (profession de foi de Rodin)

Je trouve toujours la liberté lorsque la technique de sculpter est respectée :

  • Le canon est tracé sur la pierre, la maquette de la statue est là près de moi, travail préalable qui me donne de bien voir :
  • les plans
  • les lignes
  • d’imaginer concrètement le résultat…

 » Vous avez fait un travail exceptionnel, nous sommes très contents de la statue » (un de mes clients)

Rodin : « Vous, statuaires, fortifiez en vous le sens de la profondeur… C’est là… votre tâche.. Avant tout établissez nettement les grands plans des figures que vous sculptez. Accentuez vigoureusement l’orientation que vous donnez à chaque partie du corps… » :

N’est – ce pas là un conseil qui replace l’idéal de liberté ?

Rodin : « Que votre esprit conçoive toute superficie comme l’extrémité d’un volume qui le pousse par derrière. Figurez vous les formes comme pointées vers vous »

Recherche la beauté, la liberté viendra d’elle même.

La vie d’artiste, attention aux préjugés !

La théorie et des discours devant une œuvre ont- ils plus d’importance que ce qui reste, c’est à dire l’œuvre ? La matérialité, sembler nier ce fait.

La maison de la culture repensait la sculpture ; c’étaient les années 1970 et 80 ; drôle d’appropriation de la part d’institutions ; L’art n’est donc plus « n’importe quoi », il est ce que certains décident qu’il est. C’est le divorce entre l’artiste sincère et le monde de la gestion, décideuse.

Je me rappelle les années 1980, (consultez « mes débuts en sculpture ») ; la vie d’artiste, l’art, la sculpture étaient en bouleversement.

C’est au musée Beaubourg que je rencontrais la sculpture encore matérielle, avec Arp, Brancusi… Ailleurs elle se dématérialisait notablement, la sculpture devenait :

  • « Land- art »
  • effets de lumières
  • papier froissé…

Rodin : « … Gardez- vous cependant d’imiter vos aînés… en respectant la tradition, sachez discerner ce qu’elle renferme d’ éternellement fécond : l’amour de la nature et la sincérité. Ce sont les deux fortes passions des génies. Tous ont adoré la nature et jamais ils n’ont menti… » Rodin

La sculpture et le verbe, ou une lecture d’une passion qui devrait se justifier

L’explication de l’artiste lui- même sur son oeuvre se résume toujours à sa propre analyse, ou à l’ analyse introspectif de sa propre oeuvre, comme apparue par enchantement, par hasard.
Il en fait alors sa propre biographie, son « auto- critique » ; Sa philosophie découle de cet essai de lecture. Et lorsque des éléments viennent le ramener à la raison sur cet orgueil, il détourne le visage.
L’artiste devient alors comme son oeuvre, il en est un reflet, alors que son oeuvre devrait plutôt le refléter lui- même comme homme.

Souvent son « génial », le point qui attire l’attention, se résume à des trouvailles audacieuses, provocantes et choquantes.
« Dans les beaux- arts nous sommes tous rock’n roll » !

Dans ces conditions la création est multiple, elle part dans tous les sens, et peu voire très peu parmi l’ ensemble de celle- ci donne une lumière notable.

Dans la représentation figurative les visages sont laids, sauf erreur, monstrueux.

Lorsqu’ une étincelle surgit de l’une de ces œuvres, la rendant intéressante, la mise en place des autres œuvres à coté vient tout bousculer, tout annuler et éteindre.
La quantité est lamentable, la matière est gâchée ; plus lamentable si la matière est chère, ce qui est rarement le cas.

Il semble que la matière onéreuse soit trop matérielle et exigeante !

L’acte, l’objectif, quel est – il ?

L’objectif de l’acte de sculpter, c’est à dire se résumant à donner une bonne image de l’homme, ne naît pourtant pas à chaque étape de l’apparition de l’œuvre en cours ?

Si l’objet n’est pas décidé, fixé et donc attendu et recherché en concept par exemple, comment peut – il tenir jusqu’au bout du travail de la sculpture ?

Pour moi l’objectif est clair : je commence une statue, dans la pierre, ou dans l’argile pour les maquettes, avec une

  • idée bien précise
  • un objectif déterminé
  • un titre.
    C’est la recherche préalable, précédente, qui fixe l’objectif dans un médium, un support.
    La découverte de la statue naissante, présentant des choses inattendues, merveilleuses, ne vient pas bousculer le but initial, le rendre caduque ou obsolète !…

A quoi bon ce parfum ?

« A quoi bon perdre ce parfum ? » : c’est la phrase tirée de l’évangile ( Marc chap.14 verset 3) : « Une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête. Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : « À quoi bon gaspiller ce parfum On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » Et ils la rudoyaient…. »
Il en est de même dans l’évangile selon saint Mathieu (chap. 26 verset 8)


On sait que le prétexte est de donner l’argent à des pauvres…
Dans le tableau la piéta de Villeneuve Lès Avignon, Marie Madeleine est la femme de l’évangile. elle offre ce parfum à son Dieu et Seigneur mais il semble que le parfum ne soit pas « goûté » et apprécié.

 

« …la centaine de jours inemployés à l’art est impartie aux errements, à la détresse, à la recherche obstinée d’une conscience d’être »… (Arcabas)
 
 

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Martin Damay est sculpteur professionnel et orienté vers les métiers de la pierre depuis 1986. La pierre est la matière dominante de ses sculptures. Tailleur de cette pierre il se formera à la sculpture auprès de nombreux maîtres et dans les arts figuratifs en cours particuliers. Le figuratif est devenu la spécialité de Martin Damay, y compris la statuaire de toute taille.

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