La vie d’artiste

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« L’art ne commence qu’avec la vérité intérieure ». Rodin
« La vie d’artiste ne se comprend que par le geste ».

La vie d'artiste

L’art est un chemin solitaire menant vers un sommet situé dans le noir et le brouillard. Même le chemin parfois, est jalonné d’embûches. Un faux pas peut jeter dans un précipice tandis qu’être sûr de l’itinéraire se fait sans carte. La seule boussole ne se capte et ne se saisit jamais. Il semble que le chemin à prendre ne soit que la douce certitude entendue, ou qui ne se fait entendre qu’au vaillant marcheur, errant de cette quête dans la nuit. Martin Damay

Le geste de sculpter est au cœur de la vie d'artiste

Le geste à l’origine de l’œuvre est un geste initial, précurseur, osé, audacieux, presque délictueux. Il se justifie par sa qualité prochaine.

Au sens contemplatif, il est effectué au centre d’un monde qui cherche le profit, qui coure, qui semble paraître au delà des réalités spirituelles authentiques.

Le geste ou « mouvement » de manier le ciseau sur la pierre, ou plus à la source, l’ébauchoir dans l’argile fraîche, représente un pur investissement, un risque :

– « J’ai consacré du temps à cette récréation, je me suis investi dans cette statue, car j’ai un rôle à jouer, au même titre qu’un acteur de cinéma, rendant intéressant son acte par la seule qualité de celui- ci qui est placé dans le futur.
Qui, auparavant, c’est à dire avant cet acte, aurait imaginé cette qualité ? seul l’artiste peut le faire, ou un génie de discernement, un fin psychologue…

« Dès que je t’ai rencontré j’ai su que tu étais sculpteur » (le père A. M. me dit en 1990)

statues en pierre belles Vierges sculptées
Pietà de Villeneuve lès Avignon, Marie Madeleine, la main et le parfum

– Jamais la qualité du résultat n’ a pu naître lorsque je ne me suis pas investi :

  • Le temps que je passe
  • l’absolu de l’attention
  • la patience
  • toutes les ascèses qui vont avec,
    tout cela contribue à la qualité du résultat qui est au bout de cet « exercice ».

Rodin : « Soyez vrais, jeunes gens. Mais cela ne suffit pas: soyez platement exacts. IL y a une fausse exactitude : celle de la photographie et du moulage. L’art ne commence qu’avec la vérité intérieure. Que toutes vos formes, toutes vos couleurs traduisent des sentiments. »

Sculpture. Et la liberté dans la vie d’artiste ?

Ne serait – ce pas un travail assidu, acharné, opiniâtre, voire obstiné qui donnerait le résultat, plus que la liberté qui celle- ci paraîtrait être le « nerf de la guerre » ?

Rodin : « Travaillez avec acharnement. »

Ou donc placer cette liberté tant revendiquée par l’artiste ? car une liberté déconnectée de la technique ne peut pas dominer la matière, celle- ci étant trop forte, affirmative, effrontée !

Rodin : « Que la nature soit votre unique déesse »

Je trouve toujours la liberté lorsque la technique de sculpture est respectée :

La liberté respectée 

  • Le canon est tracé sur la pierre,
  • la maquette de la statue est là près de moi, travail préalable qui me donne de bien voir :
  • les plans
  • les lignes
  • d’imaginer le résultat.

 » Vous avez fait un travail exceptionnel, nous sommes très contents de la statue » (un de mes clients)

Rodin : « Vous, statuaires, fortifiez en vous le sens de la profondeur… C’est là… votre tâche.. Avant tout établissez nettement les grands plans des figures que vous sculptez. Accentuez vigoureusement l’orientation que vous donnez à chaque partie du corps… » :

N’est – ce pas là un conseil qui repense l’idéal de la liberté ?

Rodin : « Que votre esprit conçoive toute superficie comme l’extrémité d’un volume qui le pousse par derrière. Figurez vous les formes comme pointées vers vous »

Recherche la beauté, la liberté viendra d’elle même.

 


 

La vie d’artiste, les préjugés, la décadence.

La théorie et des mots devant une œuvre ont- ils plus d’importance que ce qui reste, c’est à dire l’œuvre ? La matérialité, sembler nier ce fait.

En 1970 l’artiste était associé à « bohème ».
En 1980, la maison de la culture repensait la sculpture, drôle d’appropriation de la part d’institutions !: L’art n’est plus « n’importe quoi » ; il est ce que certains décident qu’il est. C’est le divorce entre l’artiste et le monde de la gestion.

Je me rappelle ces années 1980, (consultez « mes débuts en sculpture ») ; la vie d’artiste, la sculpture étaient en bouleversement.

C’est au musée Beaubourg que je rencontrais la véritable sculpture encore matérielle : Arp, Brancusi… Ailleurs elle se dématérialisait notablement, la sculpture devenait :

  • « Land- art »
  • effets de lumières
  • papier froissé…

Rodin : « … Gardez- vous cependant d’imiter vos aînés… en respectant la tradition, sachez discerner ce qu’elle renferme d’ éternellement fécond : l’amour de la nature et la sincérité. Ce sont les deux fortes passions des génies. Tous ont adoré la nature et jamais ils n’ont menti… »

La sculpture et le verbe, la passion qui veut se justifier, la décadence

Souvent, le « génial », le point qui attire l’attention, se résume à des trouvailles audacieuses, provocantes, transgressives.
« Dans les beaux- arts nous sommes tous rock’n roll » !

La sculpture d’aujourd’hui tend au maniérisme et au sensuel.

Dans ces conditions la création part dans tous les sens, mais elle ne donne plus de lumière notable.

Dans le figuratif les visages sont laids et monstrueux.
Lorsqu’ une étincelle surgit de l’une de ces œuvres, la mise en place des autres œuvres à coté vient tout bousculer, tout annuler et éteindre.
La quantité produit des déchets, la matière est gâchée ; c’est lamentable si la matière est onéreuse.

L’acte de sculpter, qui devrait donner une bonne image de l’humain, de sa dignité, ne prend pas sa source à chaque étape de l’apparition de l’œuvre en cours :
Si l’objet n’est pas décidé, fixé et donc attendu au départ et recherché en concept par exemple, comment peut – il tenir jusqu’au bout du travail de la sculpture ?


 

A quoi bon perdre ce parfum ?

« A quoi bon perdre ce parfum ? » : c’est la phrase tirée de l’évangile (Marc chap.14 verset 3).

L’histoire, la voici : « Une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête. Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : « À quoi bon gaspiller ce parfum On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » Et ils la rudoyaient…. »
Il en est de même dans l’évangile selon saint Mathieu (chap. 26 verset 8)

On sait que le prétexte est de préférer donner l’argent à des pauvres…
Mais l’artiste peut aussi donner de l’argent à des pauvres…!

Dans le tableau la piéta de Villeneuve Lès Avignon, Marie Madeleine est la femme de l’évangile. Elle offre ce parfum à son Seigneur mais il semble que le parfum ne soit pas « goûté » et apprécié. Mais qu’importe ! c’est cela qui est « d’agréable odeur »…

 
 
« …la centaine de jours inemployés à l’art est impartie aux errements, à la détresse, à la recherche obstinée d’une conscience d’être »… (Arcabas)
 
 

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Martin Damay est sculpteur professionnel et orienté vers les métiers de la pierre depuis 1986. La pierre est la matière dominante de ses sculptures. Tailleur de cette pierre il se formera à la sculpture auprès de nombreux maîtres et dans les arts figuratifs en cours particuliers. Le figuratif est devenu la spécialité de Martin Damay, y compris la statuaire de toute taille.

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