La vie d’artiste sculpteur

La vie d’artiste- sculpteur engendre des conditions qui veulent permettre le façonnage d’une matière.
Dans la mesure ou la sculpture tend à s’orienter vers des objets en une matière solide et pérenne, l’environnement du travail sur celle- ci doit y être adapté.
L’environnement peut s’entendre sur l’aspect atelier- espace de travail, mais aussi sur les conditions psychologiques qui vont à la fois favoriser le geste, et en recevoir un impact.

La vie d'artiste- sculpteur

L’art est un chemin solitaire menant vers un sommet situé dans le noir et le brouillard. Même le chemin parfois, est jalonné d’embûches. Un faux pas peut jeter dans un précipice tandis qu’être sûr de l’itinéraire se fait sans carte. La seule boussole ne se capte et ne se saisit jamais. Il semble que le chemin à prendre ne soit que la douce certitude entendue, ou qui ne se fait entendre qu’au vaillant marcheur, errant de cette quête dans la nuit. Martin Damay

“L’art ne commence qu’avec la vérité intérieure”. Rodin
“La vie d’artiste ne se comprend que par le geste”. Martin Damay

La vie de sculpteur consiste à faire découvrir

Donner à voir et à contempler, à acheter, mettre au monde une nouvelle sculpture, c’est vouloir “faire découvrir”.
Découvrir est aussi un propre de l’artiste sculpteur. Au fond le travail se joue sur la vérité, la sincérité, sur les convictions intérieures et profondes. La vie d’artiste se passe dans cette zone, intime. Cette zone est vivante, bouillonnante de vie, de projets, de désir de découvrir, mais la réalité qui est donc une vraie et semble t-il toujours découverte, met au jour des contradictions, des pauvretés…

Le geste est au centre de la vie d'artiste- sculpteur

Le geste à l’origine de l’œuvre est un geste initial, précurseur, osé, audacieux. Il y a un enjeu par l’aboutissement d’un premier mouvement vers une matière existante en quantité limitée, c’est à dire toujours unique.

Le geste se justifie par sa qualité prochaine.

Au sens contemplatif, le geste est effectué au centre d’un monde qui cherche le profit immédiat, qui coure, qui paraît au delà des réalités spirituelles authentiques.

Le geste ou le mouvement de manier le ciseau sur la pierre, ou plus à la source, l’ébauchoir dans l’argile fraîche, représente un pur investissement, un risque :

– “J’ai consacré du temps à cette récréation, je me suis investi dans cette statue, car j’y ai un rôle à jouer, au même titre qu’un acteur de cinéma, rendant intéressant son acte par la seule qualité de celui- ci qui s’oriente dans ou pour le futur.
Qui, auparavant, c’est à dire avant cet acte, aurait imaginé cette qualité ? seul l’artiste peut le faire, ou un génie de discernement, un fin psychologue…

“Dès que je t’ai rencontré j’ai su que tu étais sculpteur” (le père A. M. me dit en 1990)

statues en pierre belles Vierges sculptées
Pietà de Villeneuve lès Avignon, Marie Madeleine, la main et le parfum

– Jamais le résultat n’ a pu naître lorsque je ne me suis pas investi :

  • Le temps que je passe
  • l’absolu de l’attention
  • la patience
  • toutes les ascèses qui vont avec,
    tout cela contribue à la qualité du résultat qui est au bout de cet “exercice”.

Rodin : “Soyez vrais, jeunes gens. Mais cela ne suffit pas: soyez platement exacts. IL y a une fausse exactitude : celle de la photographie et du moulage. L’art ne commence qu’avec la vérité intérieure. Que toutes vos formes, toutes vos couleurs traduisent des sentiments.”

La vie d'artiste- sculpteur et la liberté

Ne serait – ce pas un travail assidu, acharné, opiniâtre, voire obstiné qui donnerait le résultat, plus que la liberté qui celle- ci paraîtrait être le “nerf de la guerre” ?

Rodin : “Travaillez avec acharnement.”

Ou donc placer cette liberté tant revendiquée par l’artiste ? car une liberté déconnectée de la technique ne peut pas dominer la matière, celle- ci étant trop forte, affirmative, effrontée !

Rodin : “Que la nature soit votre unique déesse”

Je trouve toujours la liberté lorsque la technique de sculpture est respectée :

La liberté respecte l'artiste

  • Le canon est tracé sur la pierre,
  • la maquette de la statue est là près de moi, travail préalable qui me donne de bien voir :
  • les plans
  • les lignes
  • d’imaginer le résultat.

” Vous avez fait un travail exceptionnel, nous sommes très contents de la statue” (un de mes clients)

Rodin : “Vous, statuaires, fortifiez en vous le sens de la profondeur… C’est là… votre tâche.. Avant tout établissez nettement les grands plans des figures que vous sculptez. Accentuez vigoureusement l’orientation que vous donnez à chaque partie du corps…” :

N’est – ce pas là un conseil qui repense l’idéal de la liberté ?

Rodin : “Que votre esprit conçoive toute superficie comme l’extrémité d’un volume qui le pousse par derrière. Figurez vous les formes comme pointées vers vous”

Recherche la beauté, la liberté viendra d’elle même.

La vie d’artiste et la sculpture, le verbe et la passion qui veut se justifier

Souvent, aujourd’hui, le “génial”, le point qui attire l’attention, se résume à des trouvailles audacieuses, provocantes, transgressives.
“Dans les beaux- arts nous sommes tous rock’n roll” !

La sculpture d’aujourd’hui tend au maniérisme et au sensuel. Mais cela est-ce d’aujourd’hui ? La sculpture part donc “dans tous les sens”, mais elle ne donne plus de lumière notable : Les visages sculptés sont laids.
Lorsqu’ une étincelle surgit de l’une de ces œuvres, la mise à coté des autres œuvres annule et éteint.
La quantité engendre beaucoup de déchets. La matière est gâchée ; c’est lamentable si la matière est onéreuse.

L’acte de sculpter, qui devrait donner une image de l’humain et de sa dignité, ne prend pas sa source à chaque étape de l’apparition de l’œuvre en cours :
Si l’objet n’est pas décidé, fixé et donc attendu au départ et recherché en concept par exemple, comment peut – il tenir jusqu’au bout le travail de la sculpture ?

Les préjugés, la décadence

La théorie et des mots devant une œuvre ont- ils plus d’importance que ce qui reste, c’est à dire l’œuvre ? La matérialité, sembler nier ce fait.

En 1970 l’artiste était associé à “bohème”.
En 1980, la maison de la culture repensait la sculpture, drôle d’appropriation de la part d’institutions !: L’art n’est plus “n’importe quoi” ; il est ce que certains décident qu’il est. C’est le divorce entre l’artiste et le monde de la gestion.

Je me rappelle ces années 1980, (consultez “mes débuts en sculpture”) ; la vie d’artiste, la sculpture étaient en bouleversement.

C’est au musée Beaubourg que je rencontrais la véritable sculpture encore matérielle : Arp, Brancusi… Ailleurs elle se dématérialisait notablement, la sculpture devenait :

  • “Land- art”
  • effets de lumières
  • papier froissé…

Rodin : “… Gardez- vous cependant d’imiter vos aînés… en respectant la tradition, sachez discerner ce qu’elle renferme d’ éternellement fécond : l’amour de la nature et la sincérité. Ce sont les deux fortes passions des génies. Tous ont adoré la nature et jamais ils n’ont menti…”

“Le parfum de l’art”, à quoi bon le perdre ?”

“A quoi bon perdre ce parfum ?” : c’est la phrase tirée de l’évangile de saint Marc.

L’histoire, la voici : “Une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête. Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : « À quoi bon gaspiller ce parfum On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » Et ils la rudoyaient….”
Il en est de même dans l’évangile selon saint Mathieu (chap. 26 verset 8)

On sait que le prétexte est de préférer donner l’argent à des pauvres…
Mais l’artiste peut aussi donner de l’argent à des pauvres…!
Marie Madeleine est la femme de l’évangile. Elle offre ce parfum à son Seigneur mais il semble que le parfum ne soit ni goûté ni apprécié. Mais qu’importe ! c’est cela qui est “d’agréable odeur”. Jésus le dit.

L’art est un chemin solitaire menant vers un sommet mais jalonné d’embûches. Un faux pas peut jeter dans un précipice tandis qu’être sûr de l’itinéraire se fait sans carte… Il semble que le chemin à prendre ne soit que la douce certitude entendue…

 

 

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