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La sculpture terminée

“Quand est- ce que ce sera terminé ?” demande le pape Jules II à Michel Ange peignant la voute de la chapelle Sixtine ; “Quand j’aurai fini” répond Michel Ange dans le film “L’Extase et l’Agonie” de Carol Reed, sorti en 1965.

La sculpture terminée

Différentes angoisses intérieures ont laissé place à la paix ; un moment paisible ou j’attend le lendemain, ou même je n’y pense pas.
De ne pas pouvoir distinguer quand est finie une statue, j’admets ne pas pouvoir dire quand elle commence !

La matière est devenue

L’angoisse était montée à mesure de la sculpture qui prenait forme.
J’ai beau m’expliquer ces angoisses par un raisonnement économique : “cette sculpture qui naît est mon moyen de subsistance” ; mais ce n’est pas que de cela dont il s’agit.
Il s’agit de raisons intérieures, de raisons vitales.

Je sais que cette paix est transitoire, car une autre œuvre arrive, qui me prendra entier.

Dépassement

A mesure que la sculpture prend forme, elle passe par des étapes aux formes inadmissibles. C’est le chemin de la statue en cours. Lorsqu’elle est terminée, ces étapes ont disparu !
Quelles différences entre ces étapes et l’instant final, l’éternisé, qui est l’œuvre atteinte, le sujet atteint, comme est gravie une montagne, son sommet.
Ces anciennes étapes de la sculpture, fugitives je le veux, évanouies dans le passé, disparues, ont donc laissé place à l’œuvre.
D’une valeur négligeable ces formes en construction, ces étapes obligées, est alors créée la forme d’une valeur tout autre, à la dignité de la vie !
Parler de “vie” signifie la valeur que moi je lui accorde.

“Si je fais de la sculpture, c’est pour en finir, pour en finir avec la sculpture, au plus vite !” (Alberto Giacometti)

La fabrication d'une sculpture
La statue passe par des étapes inadmissibles

L'acte hors du temps

Le meilleur acte de sculpture est hors du temps pour une œuvre éternelle. L’acte s’arrache à ses opposants.
Si la sculpture a une fin comme il se comprend pour un profane, la date de cette fin n’est pas déterminée facilement. Michel- Ange pratiquait le “non-finito”, et en cela il trouvait la sculpture plus expressive. Rodin de même. 

La peinture semble être plus précise sur son stade de “fini”. La statue, étant tri-dimensionnele, tend à multiplier le moment du stade de sa finition.

“C’est à travers l’échec même que l’on peut s’approcher un peu” (Alberto Giacometti)

Enfantement

La paix est plus qu’une absence de stress. Elle a répondu aux travaux si prenants, qui ne cessent de demander ma présence, mon attention, mes efforts… C’est un rôle de père que d’avoir une sculpture en cours : – Quand cette œuvre est loin je m’inquiète, – quand je la laisse le soir c’est avec arrachement, – quand elle n’est pas terminée je m’impatiente, – quand je ne trouve pas la vie qui y est contenue et qui demande à sortir, je pleure et je gémis.
Il faut qu’elle soit protégée, cachée, tant qu’elle n’est pas encore !…

Mais l’acte n’a été qu’un seul instant ; c’est celui- ci qui compte.
L’énergie qui a été nécessaire se cumule, se concentre en cet instant primordial, initial qui va se perpétuer dans l’instant représenté dans l’œuvre terminée.
L’énergie, si pleine, si absolue, absorbante se cumule, et ne se donne en rien d’autre qu’à cette œuvre à naître.

“Que l’on fasse de la peinture, de la sculpture… c’est toujours pour donner une permanence à ce qui fuit” (Alberto Giacometti)

Relation à la matière

Rien ne compte que ça : la réussite de l’œuvre, pour laquelle j’ai mission, avec la matière qui y est attribuée.
C’est une rude bataille, sans répit.
Cette matière, quel mystère entre elle et moi !
– C’est elle qui répond à mes injonctions
– c’est par elle que sera extériorisée la forme
– c’est elle qui est choisie pour devenir autre, être transfigurée, dépassée.
Plus qu’anoblie, elle devient plus que “matière” : elle devient le sujet.

Finie et terminée la matière

Finie et terminée donc la matière !
– dépassée
– oubliée, elle n’est que souvenir vaporeux, négligeable, méprisable.
La matière est méprisable dans la forme trouvée, et il faut qu’elle le soit.
Est- ce la condition pour la réussite de l’œuvre ?
– le sujet trouvé est sujet, il correspond non à mes seuls critères arbitraires, mais à ce qui manquait de ce sujet dans le monde des formes.
Ce ne sont pas une infinité de points parfaits qui font l’œuvre trouvée, c’est la vie avec ses dignes caractéristiques qui a trouvé son expression, comme son terreau fertile dans la matière qui la contient.

“Si je fais de la sculpture, c’est pour en finir !” (Alberto Giacometti)

Ce ne sont pas une infinité de points parfaits qui font l’œuvre trouvée, c’est la vie- sœur de la nature avec ses dignes caractéristiques plastiques, qui a trouvé son expression, comme son terreau fertile dans la matière qui la fixe et la donne.

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