La sculpture terminée

La sculpture terminée, l’œuvre est !

Les angoisses ont laissé place à la paix ; un moment de rien, un moment paisible ou j’attend le lendemain, ou même je n’y pense pas.

L’angoisse était montée à mesure de la sculpture qui prenait forme. Une étreinte !
J’ai beau m’expliquer ces angoisses par un raisonnement économique : “cette sculpture qui naît est mon moyen de subsistance” ; mais ce n’est pas que de cela dont il s’agit.
Il s’agit de raisons intérieures, de raisons vitales.

Je sais que cette paix est transitoire, car une autre œuvre arrive, qui me prendra entier.

La sculpture terminée a été un dépassement

A mesure que la sculpture prend forme, elle passe par des étapes qui donnent des formes inadmissibles.
C’est le chemin de la statue en cours ;
La statue terminée, ces étapes ont disparu ! plus de traces !

D’ailleurs si il y avait des images de ces étapes elles n’intéresseraient personne !

Quelles différences ! entre celles- ci et l’instant final, cet instant éternisé, qui est l’œuvre atteinte, le sujet atteint tout simplement, comme est gravie une montagne, comme est atteint son sommet.

Ces anciennes images, évanouies dans le passé, disparues, ont donc laissé place à l’œuvre.
D’une valeur négligeable cette forme (ces formes) en construction, aux étapes obligées, est alors créée la forme d’une valeur tout autre, à la dignité de la vie, expression de santé !
Parler de “vie” signifie la valeur que moi je lui accorde. Celle- ci est plus d’ailleurs qu’une valeur ; elle est un moteur, elle est une vie particulière.

statue sculpture terminée
Statue de saint François d’Assise avec des enfants et des oiseaux

La statue terminée est un enfantement

La paix est plus qu’une absence de stress. Elle a répondu aux travaux si prenants, qui ne cessent de demander ma présence, mon attention, mes efforts… C’est plus qu’un travail , c’est un rôle de père que d’avoir en cours une œuvre

  • Quand cette œuvre est loin je m’inquiète
  • quand je la laisse le soir c’est avec arrachement
  • quand elle n’est pas terminée je m’impatiente
  • quand je ne trouve pas la vie qui y est contenue et qui demande à sortir, je pleure et je gémis.

    Il faut qu’elle soit protégée, cachée, tant qu’elle n’est pas encore !…

Mais l’acte n’a été qu’un seul instant ; c’est celui- ci qui compte.
L’énergie qui a été nécessaire vous vous en doutez, se cumule, se concentre en cet instant primordial, initial qui va se perpétuer dans l’instant représenté dans l’œuvre terminée.
L’énergie, si pleine, si absolue, absorbante se cumule, et ne se donne en rien d’autre qu’à cette œuvre à naître.

Matière

Rien ne compte que ça, la réussite de l’œuvre, pour laquelle j’ai mission, Moi et la matière qui y est attribuée.
C’était une rude bataille, sans répit. Cette matière, quel mystère entre elle et moi !
C’est elle qui répond à mes injonctions, c’est en elle qu’est contenue la forme, c’est elle qui est choisie pour devenir autre, être transfigurée, dépassée.

Plus qu’anoblie, elle devient plus que matière, elle devient le sujet ; finie et terminée donc la matière ! dépassée, oubliée, elle n’est que souvenir vaporeux, négligeable, méprisable.
La matière est méprisable dans la forme trouvée, et il faut qu’elle soit. Est- ce la condition pour la réussite de l’œuvre ? prenons cette remarque dans un sens absolu : le sujet trouvé est sujet, il correspond non à mes seuls critères arbitraires, mais à ce qui manquait de cette expression de ce sujet dans le monde.
Ce ne sont pas une infinité de points parfaits qui font l’œuvre trouvée, c’est la vie avec ses dignes caractéristiques qui a trouvé son expression, comme son terreau fertile dans la matière qui la contient, dans la forme qui l’exprime…

Ce ne sont pas une infinité de points parfaits qui font l’œuvre trouvée, c’est la vie avec ses dignes caractéristiques qui a trouvé son expression, comme son terreau fertile dans la matière qui la contient, dans la forme qui l’exprime…

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