La sculpture, la liberté et l’aliénation

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La liberté s’enracine dans la vérité de l’homme et elle a pour fin la communion.
(JP II)

La sculpture, une particularité matérielle


La liberté peut être associée à l’acte de sculpter, à l’art. L’ art est souvent associé à « liberté ».
L’aliénation vient de la fascination engendré par l’acte qui n’est pas fixé ou déterminé. Il s’agit d’un asservissement.

La liberté est le mot le plus utilisé lorsque j’ interroge des élèves de sculpture, ou lorsque je parle d’art avec un amateur qui peint des tableaux d’art. Cette idée ne se retrouve pas seulement en France.
La liberté est la réponse à la question : « avez- vous pris des cours de peinture ? » : « pas besoin, je suis libre ! »
La liberté est dans l’enthousiasme d’un apprenti sculpteur : La sculpture est le lieu, le support d’une liberté, ou la sculpture va « supporter » la liberté…

La sculpture, une particularité plastique

La peinture, le dessin et la sculpture sont regroupés sous un terme : les arts « plastiques ». L' »art plastique » les comprend tous les trois.
Dans le sujet de la « liberté », je dois faire une distinction entre la peinture et la sculpture :
Pour quoi distinguer peinture, sculpture ?
Je les distingue à cause de leur différence matérielle. Car il en existe une. De fait il semble que la liberté ne puisse s’exprimer de la même façon dans l’une et dans l’autre.

statue vierge sculpture belle pierre

La sculpture et la matière

Un amateur de sculpture est déçu d’apprendre que le mot « liberté » n’est pas approprié pour exercer un art plastique, ou tout au moins le mot est à prendre avec prudence, à placer même en second ou troisième temps, surtout en sculpture.
Car la liberté se confronte mal avec la matière ; Il est évident que la seule liberté est impuissante devant la matière, et elle découvre souvent trop tard que ce moyen qu’elle a cru comme tel pour créer, est un moyen erroné.

Et le résultat d’un travail qui place la liberté en revendication dans la réalisation d’une sculpture est rarement positif.
Or il n’y a pas de demi- mesure dans la réussite d’une oeuvre. Elle doit « passer un cap » qui est celui de sa « réussite » ; dans le cas présent : une victoire, un triomphe sur la matière.

La liberté sculptant ne triomphe pas par elle même de la matière. Nous – nous en doutons, la matière la précède.

La cause, la raison de l’acte de sculpter se trouve peut être dans la matière ; (« je suis motivé à l’idée de transformer cette pierre, à cause de cette pierre »). Mais le sujet à sculpter, quel que soit celui- ci, n’est pas inscrit dans la pierre comme contenant préalable. Comme si le sujet y était déjà…

L’acte de mon moi.

Essayons de voir le parcours, le processus de l’acte : L’esprit fort contient sa propre volonté ; le sujet à réaliser et à concrétiser dans une matière pierre.
Ce sujet n’est pas une pierre, il fait partie du vivant autre (un personnage, un objet…).
Or ce vivant contient ses propres caractéristiques physiques, lois nobles, inséparables de lui, insécables ; ce vivant qui, à l’origine de l’idée, du concept de la sculpture, du projet en soi, le but en définitive.
Sculpter a bien pour but de réaliser une sculpture, un « élément » de la nature, emprunté à la nature.
Cette nature qui colle au concept, c’est à dire qui est dans le sujet à sculpter, va rencontrer une autre nature, celle de la pierre, de la matière.

  • La pierre contient ses lois propres, mais elle a la forme qui lui vient de son histoire, à priori peu travaillée par l’industrie humaine.
  • Le sujet, lui, indépendant au préalable de la matière de sa sculpture, contient ses lois propres aussi, plus nombreuses que la pierre vierge.
    Or la sculpture consiste précisément à imposer à la pierre, les lois et les caractéristiques plastiques du sujet. Lui imposer dans le travail toutes les virtualités nobles du sujet, quel que soit celui- ci.

    Pourquoi la liberté n’est elle pas première dans la réalisation sérieuse d’une sculpture, ou tout au moins dans sa genèse ?
    La liberté, en soi légitime à l’humain ne trouve pas sa place précisément dans la genèse du geste, d’une sculpture, car la matière, la matérialité de la pierre, réclament de la rigueur et de la détermination : Sa dureté, sa résistance aux injonctions de l’outil obligent le sculpteur à souvent ré- affirmer ses plans, ses lignes, son projet, son concept. Il n’y a pas d’alternative à ce procédé qui doit revenir toujours à

  • la détermination conceptuelle
  • détermination tridimensionnelle
  • détermination du beau
  • détermination envers les lois physiques naturelles
  • détermination du sujet recherché.

L’ acte libre de créer

 » je me suis procuré des outils, une pierre, je vais sculpter, j’ai besoin de me dépenser et de me sentir libre. Dessiner sur la pierre pour en déterminer les plans et les lignes ? : je n’en ai pas besoin, je suis libre, je fais ce que je veux, toute contrainte m’est inutile, et gênante ; de plus elles vient contrarier ma volonté et mon ambition qui en soi est bonne, noble, virile ! je ne créerai rien si je dois passer par des étapes, des dessins difficiles. Mon concept est le bon, ma volonté suffit ! »

Sculpture ou déstructuration ?

Cette déstructuration de la forme est ce que l’on peut le plus observer dans la sculpture d’aujourd’hui.
Le canon, qu’il soit arbitraire par la volonté, ou naturel, s’il n’est pas tenu dans le temps de la création, il s’affaisse, il disparaît lors du travail.
L’orgueil de la volonté pense créer par ses seules forces. Le concept initial, celui qui est assimilé au sujet à représenter peut être bon, mais, mal déterminé, ou pas fixé au préalable sur un média, sur des dessins, en une maquette…, il devient faible. 

Le sujet, noble, initial, laisse progressivement place aux forces de la matière qui s’affirment, le possèdent. Le sujet s’achemine alors vers autre, une vague idée qui semble apparaître, entraînant souvent des expressions sensuelles, fantasmatiques.
La sculpture se découvre alors exprimer, espérons- le

  • une valeur d’idée.
  • une affirmation subjective.
  • elle reste un témoignage d’un effort physique.
 
  • La matière n’est pas vaincue, au contraire : Elle est devenue un lieu d’une expression contre- nature, un lieu de trace humaine ou une volonté d’affirmer une croyance…
    Au rythme du travail qui est détaché de normes ou de règles qui devraient le régir pour le bien, il en vient une apparition qui prend la place de motif, de raison. Cette forme apparaîssante fascine, mais elle a quitté toutes les valeurs de la vraie sculpture, surtout l’expression initiale qui devait vaincre la matière.

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Suivre Martin Damay:

Martin Damay est sculpteur professionnel et orienté vers les métiers de la pierre depuis 1986. La pierre est la matière dominante de ses sculptures. Tailleur de cette pierre il se formera à la sculpture auprès de nombreux maîtres et dans les arts figuratifs en cours particuliers. Le figuratif est devenu la spécialité de Martin Damay, y compris la statuaire de toute taille.

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