La beauté chemin vers la sculpture

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La beauté, chemin vers la sculpture

 

La beauté ne peut se séparer de l’amour.

Un jour on m’a interrogé sur ce qu’est la beauté. Ma réponse a été rapide en pensée, en esprit : « qu’est ce que la beauté en sculpture, en peinture, en arts plastiques, la beauté tridimensionnelle ? »

Elle ne se résume pas à des mots, elle ne s’explique pas aisément (si on peut l’expliquer) ; la question n’est pas nouvelle. Si la question n’est pas nouvelle c’est qu’elle a été posée de multiples fois. Certains l’ont recherchée, d’autres ont voulu l’acheter pour trop la posséder.

Or la beauté n’est pas loin, et elle ne se cache pas tant que ça… Certes elle ne fanfaronne pas, elle ne s’impose jamais en vue d’un but particulier qui lui serait cher !
Elle se laisse doucement deviner, contempler.
Elle est une réalité,
Elle est un absolu c’est à dire qu’il n’y a pas de demi- beauté, de choses « demi- belles ». 
On ne peut vraiment la nier ou dire qu’elle n’existe pas, quelqu’un dire qu’il ne l’a jamais vue, ressentie ou connue.
Certains vont l’associer à une personne.

Refuser la beauté serait- il juste ? il me semble qu’elle est nécessaire à toute avancée et progrès, c’est à dire pour la création et l’invention.

vierge statue belle pierre sculptée
Piéta de Villeneuve Lès Avignon , la main de saint Jean

Et moi ?

Pour ma part je me place parmi des professionnels de la beauté. C’est à dire que mon travail consiste à la « créer » ; la « créer » dans des supports. Je ne l’invente pas en soit :
– je la fait « advenir » dans des supports originaux ;
– je la mets à jour dans des nouveaux médiums ;
– je la mets au jour dans une sculpture nouvelle ;

– Je la recherche ;
– j’affirme son existence.

Je la recherche

La beauté fait partie du résultat de l’œuvre, et elle a sa part dans la qualité de celle- ci.
Je peux donc dire que si ma sculpture est belle, elle est réussie. Et je peux dire que si ma sculpture est réussie, c’est qu’elle contient une part de beauté.
Pourtant je ne la cherche pas en elle même, j’utilise des « médiateurs », des moyens, des techniques…
Ma réponse à la question « la beauté », je pourrais la formuler en utilisant ce qui lui est opposé : le laid.
Qu’est ce que le laid, opposé à la beauté ? : le monstre. Qu’ est – ce que le monstre ? le déstructuré.
Une oeuvre structurée n’est pas laide.

C’est pourquoi les chevaux peints de la grotte Chauvet datant de 36 000 ans, sont plus beaux qu’une sculpture contemporaine modelée qui se réclame de sa catégorie, mais qui n’a pas la structure interne.
Faut – il voir un « ordre » dans cette « structure » ? je ne parlerai pas d’ordre, ni d’harmonie. Et pour ne pas parler de l’opposition à la beauté je continuerai de parler de la beauté.

Elle

La beauté est un moteur à la création d’une oeuvre ; S’il n’y avait pas une part de cette « quête- moteur », je ne parlerais pas d’ « œuvre », il s’agirait d’autre chose, il y aurait un autre objectif.
Je présente donc bien l’objectif : créer une oeuvre, une sculpture, une peinture ; et cela en soi est une quête définie : création / objet matériel / concret.
Création de quelque chose qui n’est pas (ou qui « n’a pas encore été »), en utilisant des choses qui sont.
Ce qui EST est facile à définir :
– la pierre en tant qu’objet à sculpter.
– le sujet devant moi ou médiatisé par une photo, un dessin…
– mes propres capacités.
– la tri- dimensionnalité comme quelque- chose de concret et de commun, etc…
L’amour peut vouloir se traduire en expression artistique, en beauté. Parce que cet amour est un vécu intime, personnel, unique, sans que celui- ci soit dévié si possible.

« Créer en utilisant des choses qui sont ». Mais créer signifie aussi « faire advenir à ».
Dans ce « advenir à » il y a quelque- chose qui n’est pas. Si « c’était », il n’y aurait pas de création, pas de moteur à la création, pas d’ enthousiasme.
Pourtant la beauté existe, elle fait partie des choses qui SONT ; Elle existe pourquoi, et ou ? :
Lorsque je suis devant ma pierre, prêt à commencer le travail de sculpture, les outils en main, qu’est ce que la beauté alors ? Elle semble être une chose abstraite mais quantifiable tout de même, sûre, parfaite, appelante. Elle semble être même plus sûre que tout. Pas lointaine mais touchable, prête à se donner à celui qui la veut, atteignable… Mystère ou esprit ?

Mystère ou esprit ?

Elle est la preuve en elle même que quelque chose existe qui lui a donné d’être. Mais au préalable, dans les étapes de la création d’une statue, je ne peux à cet instant la considérer comme une preuve ; elle est quelque- chose à atteindre…
Elle EST, donc, je le sais, mais elle est encore « en esprit ». C’est elle qui doit se manifester progressivement, « devenir visible » dans la statue qui va apparaître dans cet espace d’atelier.

Comme elle n’est pas encore, comme elle est esprit, elle doit sans doute présider à l’oeuvre… Ah, alors présider à l’oeuvre veut dire qu’elle influence l’oeuvre ! si elle influence l’oeuvre je dois essayer de l’écouter… Et l’écouter, pour moi signifie partir sur de bonnes bases ; la beauté ne m’échappera pas si dans les premiers instants de mon geste je la capte, je lui donne l’espace, le plan qui se sculpte là, je lui offre « la ligne à construire »…  

Ainsi en va t -il de la beauté

La beauté, comme l’esprit, est une injonction amicale à écouter, pour établir et déterminer le premier plan de ma sculpture, la première ligne, puis le (la) 2 ème, le 3 ème, et les autres qui suivront, jusqu’au facettes qui constitueront le résultat, l’œuvre ; tout en, parfois, en cours de sculpture, revenant à quelques plans ou plutôt facettes dans le but de les ajuster, de les préciser, de les guérir ; car c’est bien de cela qu’il s’ agit, guérir en vue d’une oeuvre de parfaite santé !

Oui santé de l’œuvre, santé du sujet parfaitement exprimé dans son instant.

 

 

 

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Martin Damay est sculpteur professionnel et orienté vers les métiers de la pierre depuis 1986. La pierre est la matière dominante de ses sculptures. Tailleur de cette pierre il se formera à la sculpture auprès de nombreux maîtres et dans les arts figuratifs en cours particuliers. Le figuratif est devenu la spécialité de Martin Damay, y compris la statuaire de toute taille.

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