La beauté en sculpture

De toutes mes années de sculpture, il semble que la beauté se situe dans la maitrise sur la matière, et que la laideur vienne, à l’inverse, d’une faiblesse, d’une subordination à cette matière.
Peut- on vraiment galvauder la beauté comme on le fait aujourd’hui ?

La beauté en sculpture, mystère ou esprit ?

Un jour on m’a interrogé sur ce qu’est la beauté. C’est alors en pensée et en esprit que j’ai cherché la réponse : “Qu’est ce que la beauté en sculpture, la beauté tridimensionnelle, et comment la caractériser ?”.

La beauté en sculpture est un chemin

La beauté est la preuve que quelque chose existe qui lui a donné d’être.
Mais au préalable, dans les étapes de la création d’une statue, elle ne peut dans ces instants être considérée comme une preuve :

Elle est quelque- chose à atteindre
Elle EST, donc, je le sais, mais elle est encore “en esprit”.
C’est elle qui doit se manifester progressivement, se rendre visible dans la statue qui va apparaître dans cet espace d’atelier.

Comme elle n’est pas encore, comme elle est esprit, elle doit sans doute présider à l’œuvre. Ah, alors présider à l’œuvre veut dire qu’elle influence l’œuvre ! si elle influence l’œuvre je dois essayer de l’écouter.

La beauté en sculpture est écoute

La beauté ne m’échappera pas à cause de cette “écoute” si dans les premiers instants de mon geste de sculpteur : 

– je la capte

– je l’écoute

– je lui offre le plan qui se sculpte là

– je lui offre “la ligne à construire”…  

la beauté de la sculpture
Piéta de Villeneuve Lès Avignon : la main de saint Jean

La beauté en sculpture, ses fondements

La beauté ne se résume pas à des mots, elle ne s’explique pas aisément ; la question n’est pas nouvelle.

“Qu’est ce que la beauté en fait ? elle n’existe pas, je n’apprécie rien, je ne trouve rien agréable…” (Pablo Picasso).

Si la question n’est pas nouvelle c’est qu’elle a été posée de multiples fois. Certains l’ont recherchée, d’autres ont voulu l’acheter pour trop la posséder.

Or la beauté n’est pas loin, et elle ne se cache pas tant que ça… Certes elle ne fanfaronne pas, elle ne s’impose jamais en vue d’un but particulier qui lui serait cher !

Sa réalité se laisse doucement deviner, contempler.

Elle est un absolu c’est à dire qu’il n’y a pas de demi- beauté, de choses “demi- belles”.
La beauté en soi n’est pas une limite.

On ne peut vraiment la nier ou dire qu’elle n’existe pas, quelqu’un dire qu’il ne l’a jamais vue, ressentie ou connue.
Certains vont l’associer à une personne.

Refuser la beauté serait- il juste ? il me semble qu’elle est nécessaire à toute avancée et progrès, c’est à dire pour la création et l’invention.

Est – elle nécessairement associée à “drame”? je ne le pense pas ; le drame devrait être associé plutôt à la limite intrinsèque du sujet sculpté…

La beauté et mes sculptures

Pour ma part je me place parmi des professionnels de la beauté: “Merci pour votre sculpture, elle est très très belle !” (témoignage d’un de mes clients) ;
C’est à dire que mon travail consiste à la “créer” ; la “créer” dans des supports. Je ne l’invente pas en soi :

  • je la fait “advenir” dans des supports originaux ;
  • je la mets à jour dans des nouveaux médiums ;
  • je la mets au jour dans une sculpture nouvelle ; 
  • Je la recherche et j’affirme son existence.

Je l’ai toujours recherchée depuis ma sculpture, et dès son origine : Laissant au ciseau sa liberté de la laisser deviner en sculptant progressivement la pierre.
L’art n’a t -il pas pour but de donner à voir une digne face de l’être humain ?

La beauté en sculpture est recherche

La beauté fait partie du résultat de l’œuvre, et elle a sa part dans la qualité de celle- ci.
Je peux donc dire que si ma sculpture est belle, elle est réussie. Et je peux dire que si ma sculpture est réussie, c’est qu’elle contient une part de beauté.
Pourtant je ne la cherche pas en elle même, j’utilise 

– des “médiateurs”

– des moyens

– des techniques…

Ma réponse à la question “la beauté”, je pourrais la formuler en utilisant ce qui lui est opposé : le laid.
Qu’est ce que le laid, opposé à la beauté ? : le monstre. Qu’ est- ce que le monstre ? le déstructuré.
Une oeuvre structurée n’est pas laide.

C’est pourquoi j’ose dire que les chevaux ou les œuvres peintes de la grotte Chauvet sont plus beaux que la plupart des œuvres sculptées contemporaines qui se réclament de cette catégorie, mais qui n’ont pas la structure interne.

Faut – il voir un “ordre” dans cette “structure” ? je ne parlerai pas d’ordre, ni d’harmonie.
Et pour ne pas parler de l’opposition à la beauté je continuerai de parler de la beauté.

La beauté est sourire de la nature

La beauté est un moteur à la création d’une sculpture, et elle est toujours associée à la “Création”.
S’il n’y avait pas une part de cette “quête- moteur” dans l’acte, je ne parlerais pas d’ “œuvre”, il s’agirait d’autre chose, il y aurait un autre objectif.

Je présente donc bien l’objectif :

Créer une sculpture, une peinture ; Cela en soi est une quête définie : création / objet matériel / concret. Création de quelque chose qui n’est pas (ou qui “n’a pas encore été”), en utilisant des choses qui sont.
Ce qui EST est facile à définir : C’est :

  • la pierre en tant qu’objet à sculpter
  • le sujet devant moi ou médiatisé par une photo, un dessin…
  • mes propres capacités
  • la tri- dimensionnalité comme quelque- chose de concret et de commun, etc…

“Créer signifie aussi “faire advenir à”.
Dans ce “advenir à” il y a quelque- chose qui n’est pas. Si “c’était”, il n’y aurait pas de moteur à la création, pas d’ enthousiasme.
Pourtant la beauté existe, elle fait partie des choses qui SONT

La beauté réside où ?

Lorsque je suis devant ma pierre, prêt à commencer la sculpture, les outils en main, qu’est ce que la beauté alors ? Elle semble être une chose abstraite mais quantifiable tout de même, sûre, parfaite, appelante. Elle semble être même plus sûre que tout. Pas lointaine mais touchable, prête à se donner à celui qui la veut, atteignable.
Mystère ou esprit ?

Beauté et santé ?

La beauté comme l’esprit, est une injonction amicale à écouter, pour établir et déterminer le premier plan de la sculpture, la première ligne, puis la 2 ème, la 3 ème, et les autres qui suivront ; Jusqu’au facettes qui constitueront le résultat, l’œuvre.
Tout en, parfois, en cours de sculpture, revenant à quelques plans ou plutôt facettes dans le but de les ajuster, de les préciser, de les guérir ;

Car c’est bien de cela qu’il s’ agit, guérir en vue d’une oeuvre de parfaite santé !

Oui santé de l’œuvre, santé du sujet parfaitement exprimé dans son instant…

Dilemme moderne

J’assiste aujourd’hui à un vouloir de dépassement de la forme sculptée.

Le dilemme moderne est dans le paroxysme du modelé.

Celui- ci semble vouloir dépasser la sculpture et ses notions.

Il semble que ce paroxysme soit liés aux sentiments ou au sensuel.
La forme modelé, l’être humain, végétal ou animal, ne se contente pas d’être une matière définie, bien stable, posée. Mais elle veut être vue de tout coté. Etre représentative et indépendante de la masse de sa matière.

D’ailleurs la masse de la matière, qui implique la durabilité ou la dureté, comme la pierre par exemple, engage en sculpture à un lourd combat : Une matière modelée est plus souple sous la main.

Le “monstrueux” ne vient donc pas d’un “non- savoir de sculpter”, celui- ci est excusable, mais d’un paroxysme qui veut dépasser le sculptural, la matérialité, et au fond “le naturel”.

D’une certaine façon, ce que je vois dans les travaux qualifiés de sculpture, c’est l’épiderme de la figure qui celui- ci ne constitue ou n’impose plus la limite du geste.

Comme il n’y a pas de limite du geste, (la limite voudrait signifier “aliénation” !), celui- ci s’enfonce au delà de l’épiderme et n’y rencontre plus la nature, mais une forme étrange, indéfinie, laide.

Consultez mon article “mes débuts en sculpture”

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