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De la matière naît l’oeuvre

La matière est la destination de ma pensée, et elle est un lieu. De cette matière va s’extraire l’œuvre, la statue, la sculpture.

De la matière naît l'œuvre

Une fusion

De la matière naît l’œuvre.
Cette affirmation est forte en sculpture sur pierre : La pierre résistante, « effrontée » devant le ciseau, va s’affirmer, affirmer ses propres caractéristiques ; sa structure, sa dureté, sa résistance au chocs selon les déterminations et nomenclatures bien précises… L’œuvre pourrait paraître bien incapable de jaillir de cette masse ! Comment va t-elle affirmer elle même ses propres lois, son propre vocabulaire plastique, son propre esprit, ou imposer ses lois physiques ?
Etre elle même, c’est à dire l’œuvre qui doit être et exister devant ce défi que lui lance la matière ?
Le ciseau et la technique semblent bien faibles en eux mêmes pour affronter un tel projet ! Même les machines sophistiquées sont incapables en elles mêmes de produire une seule sculpture !

« Il est vrai que la forme souvent s’accorde peu à l’intention de l’art, parce que la matière est sourde à lui répondre » (Dante, La divine Comédie, le Paradis, chant 1)

"L'avant"

Par expérience je dis que la naissance de l’œuvre est précédente. Elle naît dans un concept
– idée
– projet
– ambition
– amour… Elle naît dans un concept cordial, pré – image.
Elle naît dans une image- concept « imaginative ». Elle naît enfin dans un nom qui lui est attribué.
Elle naît sans -être-. Elle n’est pas encore, mais elle est déjà là, car la matière est vaincue. La matière est vaincue d’avance, avant la sculpture palpable ou visible de l’œil humain. 

Qu’est – ce que la matière ? sinon d’être au service de l’idée ? Qu’est – ce que la matière sinon de tenir un rôle second, un rôle de participation tout de même à l’idée pré-cédente, un rôle de participation à la pérennité de l’oeuvre, un rôle de matérialisation de l’idée ?

Ce rôle second est important.

Pas de destin de la matière.

La figure, la statue, ne se trouvent pas préalablement dans la matière. Elle sont concept pré- établi, ce concept précédent qui tient compte de :

  • la technique connue
  •  des dimensions de l’œuvre voulue ;
  •  de la couleur dominante voulue ;
  •  de l’aspect extérieur voulu

Le concept va donc en imposer à la matière.
La figure est canon, canon de dimensions assumé ou non, réfléchi ou non. Elle est calcul, elle est réflexion, elle est conception.
La matière, elle, peut être achetée. 
La figure, la statue à faire apparaître ne viendra pas de la matière inerte.
Elle ne viendra pas non plus de la dépense physique du gestuel qui certes est nécessaire pour aboutir.
La matière est incapable en elle même de fournir une quelconque forme, ni ligne, ni volume, harmonie, ni aucun esprit.
Elle participe à l’œuvre comme si j’utilisais cette matière comme une part de moi- même, matière inerte au préalable. 

Ainsi toute sculpture née dans un concept, volontaire, cordial… Il est certain, suffisant, mais pas encore partagé puisque comme concept il n’est pas né au monde.

Ainsi se passe la genèse d’une œuvre.

La sculpture n'est qu'un seul acte

Ainsi se passe la création d’une oeuvre, d’une sculpture. Il ne m’est pas permis de rater, d’échouer l’œuvre, par respect pour la matière, pour son coût.
C’est avec cette notion de respect que j’ai avancé, progressé. Et j’en suis venu à des convictions techniques, à un regard plus objectif sur ma discipline, c’est à dire la sculpture figurative et complémentairement la peinture.
J’en suis venu à me faire une opinion, à porter une appréciation vue de l’intérieur, en connaissant les difficultés de la sculpture, j’en connais ses enjeux, risques, les défis du geste, du travail, et quel doit en être le tracé, le chemin, les pistes à suivre et celle à redouter.

Par ces découvertes, ces connaissances par expériences je peux avoir un regard plus objectif, et compréhensif sur la sculpture contemporaine, puis de la figuration sur toile, et par extension des autres techniques de peinture et de sculpture. Je connais le rapport à la matière, puissant, redoutable, exigeant, et la virilité que le travail de cette matière requiert.

Ainsi se passe la création d’une oeuvre, d’une sculpture. Il ne m’est pas permis de rater, d’échouer l’œuvre, par respect pour la matière, pour son coût.
C’est avec cette notion de respect que j’ai avancé, progressé…

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